De temps à autre, un petit message de vécu individuel en vélo couché ça ne peut pas faire de mal sur cette liste*. Alors un an après avoir franchi le pas et rejoint le club des joyeux allumés à l'horizontal, j'y vais de mon petit vécu.
Au départ c'est vrai que le regard des autres est un peu difficile à gérer. L'impression de passer pour un farfelu, un extraterrestre ou un handicapé, impression renforcée par le fait qu'on ne contrôle pas bien cet engin qui demande une nouvelle gestuelle... Et une certaine décontraction !
Et puis les km s'accumulent, on relâche petit à petit les muscles crispés et on découvre à quel point le vélo droit représentait une torture permanente et pourtant si bien acceptée car "dans la norme".Vient ensuite le moment du jeu : vu les performances de l'engin, aller se frotter un peu aux cyclistes du dimanche en collant fluo. Les voir se mettre en danseuse de temps à autre pour soulager l'entrejambe ou mouliner à des cadences infernales avec l'impression qu'ils se les brisent à raison de 3 coups à la seconde... Et prendre le plaisir de les doubler avec quelques km/h de mieux et ce dans la souplesse et la décontraction.
De temps à autre il y en a un qui oublie son ego et qui accélère pour venir poser des questions : ça se trouve où ? C'est confortable ? C'est stable ? On peut aller loin avec ? etc etc...
Et puis le terrain d'action qui s'élargit petit à petit, sans que la fatigue soit vraiment proportionnelle. Rentrer à la maison parce que c'est l'heure et non parce que la nuque, les parties ou les poignées déclarent forfait. Discuter avec des piétons ou des automobilistes, intrigués ou intéressés.
Bref que du bonheur sauf une chose : mais comment font-ils pour utiliser cet engin en ville ? Durant un an la peur m'a empêché de tenter l'aventure. Traverser Grenoble en affrontant les files continues d'automobilistes agglutinés et changeant de voie pour un oui pour un non, alors que ma tête ne passe qu'en-dessous de leur fenêtre, pure folie...
Et puis un jour c'est l'envol : s'il y en a qui y arrive, pourquoi pas moi ? Et voilà, un beau jour de fin août, je me décide à laisser le vélo droit pour prendre mon bestiau si confortable sur les 25 bornes A/R du domicile-travail. Et ça marche ! Finalement ce n'est pas si difficile... Faire comme Marc Lesourd le dit : s'imposer dans la circulation. Avec la vitesse atteinte ce n'est finalement pas très dur. Un fanion, un bon éclairage à l'avant, une klaxon 115 dB, la panoplie pour parer aux principaux dangers.
Et maintenant ce n'est pas que du bonheur, c'est l'extase ! Arriver au boulot en se disant "ah ben zut, c'est déjà fini", expliquer aux collègues tout l'intérêt du truc, discuter avec des cyclistes urbains qui finissent par dire "pourquoi pas ?", et puis surtout ajouter 130 bornes de bonheur hebdomadaire sur un trajet domicile-travail qui tourne au calvaire avec tout autre mode de transport. Quoi demander de mieux ?
S'il y en a qui lisent ce forum en hésitant encore à franchir le pas, j'espère que ce petit retour d'expérience saura les décider à se dire "pourquoi pas moi ?". Le bonheur, ça se partage !
Jérôme (M5 SP451).*