- article de Sylvie Dewambrechies dans metro du lundi 10 mai 2004 p29 SPORTS
Dépasser les préjugés en vélo couché
BRUXELLES
Le vélo n’a pas toujours eu l’apparence que nous lui connaissons actuellement.
Au cours du 19ème siècle et au début du 20ème, les inventeurs qui s’intéressaient à la bicyclette lui ont donné toutes sortes de formes.
Certains ont même eu l’idée de placer les cyclistes à plat ventre... ou sur le dos. Si la première idée a été abandonnée, la seconde revient actuellement sur le devant de la scène.
Les adeptes du vélo couché, s’ils ne sont pas encore très nombreux en Belgique, sont en tout cas passionnés par cette nouvelle discipline. «Le vélo couché, c’est comme un virus...». Les utilisateurs de ces drôles d’engins, dont l’invention remonte aux environs de 1930, ont conscience d’être considérés comme des originaux. Mais qu’importe, une fois qu’ils les ont adoptés, ils ne peuvent plus s’en passer. «Je m’y suis intéressé car j’avais mal au dos sur un vélo classique», explique Michel Lemaitre, un habitant de la région de Tournai. «Quand on est sur un vélo couché, il n’y a pas de pression sur la colonne vertébrale, ce qui permet d’éviter les douleurs dans le dos, les épaules, les bras et surtout au siège». Voilà qui permet aux amateurs de longues randonnées d’enfiler les kilomètres en se sentant (presque) comme dans un fauteuil...
Un des grands avantages du vélo couché est qu’il offre une moindre prise au vent et est plus aérodynamique. «Pour un même effort en terrain plat, on roule quelques km/h plus vite sur un vélo couché que sur un vélo traditionnel», poursuit Michel Lemaitre. A un rythme de promenade, on atteint sans problème les 25 km/h. Et en poussant un peu plus fort sur les pédales, on grimpe jusqu’à 40 km/h.
Dans une forte pente, un randonneur bien entrainé (et qui roulera sur un vélo couché doté de bons freins) pourra filer à plus de 70 km/h tout en admirant le paysage.
Car l’intérêt de cet engin est qu’il offre un champ de vision étonnant, grâce à la position allongée ou semi-allongée de son utilisateur.Dur dans les montées
Côté inconvénients, les vélos couchés sont, avec leur poids moyen de 14 à 15 kg, plus lourds que -par exempleles bons vélos de course. Conséquence: les grosses montées et a fortiori les cols de montagne sont plus difficiles à affronter, car il faut faire avancer un poids plus important à la force des mollets. Le prix d’achat est également susceptible de constituer un frein, l’investissement pour un vélo couché de base s’élevant au minimum à €1.000. «Mais en cherchant bien, on peut en trouver d’occasion à €700», affirme Michel Lemaitre.
Les adeptes de ce moyen de locomotion pas comme les autres ont d’autre part dû apprendre à affronter le regard couché regard -curieux, inquisiteur, étonné, moqueur...- de ceux qui les regardent passer. «Des cyclistes en vélo traditionnel m’ont déjà demandé si j’étais handicapé», raconte en rigolant Guy Vanescootte, un mordu du vélo couché originaire lui aussi de la région de Tournai. «Mais ils ont été tout étonnés quand je les ai ensuite dépassés». «Ce qui est marrant, quand on roule en vélo couché, c’est qu’on déclenche l’hilarité autour de soi. Et moi, cela me met de bonne humeur», confirme le Bruxellois Guy Druez, fort d’une expérience de plusieurs années en la matière.Reprogrammer son cerveau
Reste enfin l’obstacle de l’apprentissage. Rouler en vélo couché implique de trouver un équilibre dans une position et sur un engin auxquels notre cerveau n’est pas habitué.
Mais c’est loin d’être insurmontable et, quand on y arrive, on retrouve la joie éprouvée en étant enfant, lorsqu’on avait réussi à rouler tout seul à bicyclette... L’essentiel est de regarder bien droit devant soi pour conserver son équilibre, de manier avec doigté les poignées ou le guidon qui permettent de se diriger, de surtout ne pas se crisper.... Et d’oser se propulser en avant d’un bon coup de pédale! Avec son centre de gravité situé beaucoup plus bas qu’un vélo traditionnel, le vélo couché offre une meilleure stabilité dans les virages et permet de les négocier à plus grande vitesse. Mais avant d’en arriver là, il faut avoir déjà avalé du bitume: si 1 ou 2 km (parfois moins) suffisent pour rouler droit, il en faut 200, selon Michel Lemaitre, pour se sentir parfaitement à l’aise, et 2.000 pour ne faire plus qu’un avec son vélo couché.Sylvie Dewambrechies
Au Nord plutôt qu’au Sud
Le vélo couché a fait parler de lui dès le début du 20ème siècle. C’est Charles Mochet qui, vers 1930, a mis au point la ‘bicyclette à pédalage horizontal’. Quelques années plus tard, l’Union Cycliste Internationale décida toutefois d’exclure les vélos couchés des compétitions, ce qui eut pour conséquence de les reléguer aux oubliettes, malgré leurs performances plutôt prometteuses.
La crise pétrolière des années 1970 allait néanmoins contribuer à les faire sortir de l’oubli. «Aux USA, des expériences furent menées afin de trouver de nouveaux moyens de déplacement. Mais là bas, les gens étaient surtout intéressés par le fait de décrocher des records de vitesse et ont par exemple imaginé des vélos couchés dotés d’une coque allongée», raconte Manu De Hauwere, des magasins spécialisés ‘De ligfiets’ établis à Gand et Anvers. «A la fin des années 1980», poursuitil, «l’intérêt pour les vélos couchés est apparu en Europe». De ce côté-ci de l’Atlantique, leurs adeptes sont toutefois plus attirés par les aspects pratiques: confort d’utilisation, voire même usage dans la vie de tous les jours.
A l’heure actuelle, l’attrait pour les vélos couchés semble beaucoup plus marqué dans les pays du Nord que dans ceux du Sud de l’Europe. Ainsi, sur le site Internet mappemonde.net/bdd/velocouche/ monde.html, on dénombre une bonne centaine d’utilisateurs en France, et une petite trentaine en Belgique francophone.
En Flandre, Manu De Hauwere, évalue leur nombre à 1.000 environ, dont plus de 500 dans la région de Gand, une centaine dans celle d’Anvers, sans oublier un groupe assez conséquent dans le Limbourg. En Hollande, les vélos couchés auraient, selon lui, déjà séduit pas moins de 10.000 personnes.
Manu De Hauwere estime en tout cas que ces drôles d’engins ont un bel avenir devant eux, au Nord comme au Sud de l’Europe. «Le vélo couché fait partie de la culture urbaine, car c’est en ville que se trouvent les personnes les plus attirées par l’innovation», affirme-t-il. «Il y a déjà un petit magasin qui en vend à Barcelone, ainsi que deux autres à Londres. Et je crois que l’utilisation de ces vélos peut aussi se développer dans les grandes villes d’Italie».
A condition peut-être, làbas comme ici, que des infrastructures de qualité soient aménagées pour les cyclistes roulant en vélo couché... comme en vélo traditionnel.De préférence pour la randonnée
Le vélo couché est particulièrement adapté aux activités de loisirs (balades, longues randonnées...). Les esprits les plus sportifs apprécient également le fait qu’il permette, dans certaines conditions, d’atteindre des vitesses tout à fait respectables.
Ce type de vélo ne semble en revanche pas très indiqué pour la circulation en centreville.
Moins haut que la classique bicyclette, il est aussi moins visible des automobilistes.
Pour compenser cet inconvénient, «il faut accrocher un petit drapeau afin d’attirer l’attention des conducteurs de voitures, ou installer un feu rouge allumé en permanence à l’arrière », suggère le Bruxellois Guy Druez, qui déplore, d’une manière générale, le manque de respect des automobilistes à l’égard des cyclistes.
Cela ne l’a toutefois pas empêché d’effectuer à vélo couché, pendant longtemps, le trajet de 16 km entre son domicile et son travail.
Les cyclistes désireux d’opter pour un vélo couché ont en tout cas intérêt à choisir un modèle correspondant à l’usage qu’ils en feront. Inclinaison du siège, position des bras, position du pédalier... Chacun de ces paramètres peut varier, de manière à assurer un confort manière à assurer un confort maximal. De nombreux essais sont donc souvent nécessaires avant de prendre la bonne décision. «On ne s’adapte pas au vélo couché, c’est lui qu’on adapte à notre morphologie », conclut Michel Lemaitre, qui ne compte plus les heures passées à pédaler... à l’horizontale. Plus loin sur le Net Deux sites Internet de référence sur le vélo couché.
Des magasins spécialisés dans les vélos couchés, où il est également possible de louer ces engins, histoire de faire un petit essai.
Un site Internet sur les débuts du vélo couché.
Dernière modification le mardi, 08-Aoû-2006